Les coupures au hockey

Chantal D'Arcy Développement du joueur, Général, Pour les entraîneurs 0 Comments

Le texte qui suit est la traduction d’une partie de l’infolettre « Cutting in sports » produite par le site « Competitive Advantage » qui traite de psychologie sportive. Vous retrouverez l’article complet à cette adresse : http://www.competitiveedge.com/cutting-sports

L’automne arrive à grands pas alors qu’arrive l’excitation d’entreprendre une nouvelle saison de hockey et la possibilité d’arriver à percer l’alignement d’une équipe des Gladiateurs: le résultat d’un travail acharné la saison passée, la détermination dans tous les entraînements visant à s’améliorer et tous les efforts mis en place pendant l’été. Un dernier obstacle se dresse par contre avant la réalisation de ton rêve : LE CAMP DE SÉLECTION. Cette angoissante activité qui provoque de l’anxiété et qui vient nous chercher jusque dans nos tripes est le passage obligatoire de tous les joueurs à travers tous les sports à tous les niveaux avant de pouvoir toucher à leur rêve de faire l’équipe convoitée.

Le redouté camp de sélection, où le conseiller technique et les entraîneurs doivent mesurer tes habiletés par rapport à tous les autres joueurs sur la glace, où tes précieux rêves et ton estime de toi sont entre les mains des évaluateurs. À travers ce camp de sélection arrive le rituel historiquement barbare et quelques fois humiliant : LES COUPURES. Le seul fait de le prononcer évoque la peur et la violence : LES COUPURES!!!

L’exercice semble simple, ceux qui sont jugés « assez bons » par le jugement du conseiller technique et l’entraîneur font l’équipe et voient leurs noms se retrouver sur la liste finale. Ceux qui sont « méritant » sont choisis. Par contre, les joueurs qui n’ont malheureusement pas réussi à atteindre les attentes des évaluateurs de par une ou plusieurs facettes déficientes de leurs habiletés ne voient pas leurs noms se retrouver sur cette fameuse liste finale.

Réduire les effectifs à une taille raisonnable est considéré comme un mal nécessaire pour la majorité des équipes de sports. Le texte qui suit présente le point de vue du parent face au retranchement de son enfant.

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Il n’y a rien de plus émotionnellement atroce et qui brise autant le cœur que de voir son propre enfant souffrir à travers le processus merveilleusement sensible d’être retranché de l’équipe qu’il rêvait tant de faire. Vous l’avez regardé se mettre en forme et se pratiquer tout l’été parce qu’il voulait arriver prêt pour les sélections et faire l’équipe. Vous savez comment il voulait tellement se voir dans le double-lettres. Vous avez même partagé son rêve. Vous l’avez encouragé à ne pas lâcher et garder son objectif en tête lorsque ça allait moins bien. Vous l’avez peut-être même aidé à se préparer pendant plus d’heures que vous ne pouvez-vous en rappeler. Vous savez comment c’est devenu tellement important pour lui ou elle. Le problème, c’est qu’à cause de ça c’est maintenant devenu aussi important pour vous. Vous pouvez ressentir l’anxiété qui grandit à l’approche des sélections. Oubliez ça! Vous ne ressentez pas seulement vous êtes aussi anxieux sinon plus que votre jeune. Et maintenant votre excitation grimpe en flèche lorsqu’il sort de sa première séance de sélection avec un grand sourire et vous dit que « ça à super bien été ». Vous espérez et priez que le comité de sélection partage ce même optimisme.

Les choses semblent se dérouler aussi bien lors de la séance suivante, ce pourquoi vous êtes estomaqué lorsque vous recevez le courriel qui indique que malheureusement votre jeune n’a pas été retenu. Vous lui annoncez déclenchant une peine incroyable et une cruelle déception évidente. C’est à ce moment que vous avez cette forte envie primale et protectrice de vouloir étrangler le conseiller technique et l’entraîneur pour avoir causé toute cette peine à votre enfant. En plus, il est le seul de ces amis à ne pas avoir résisté à la coupure. Le SEUL! Il est totalement dévasté et tout ce qui vous pensez est comment faire disparaître cette peine et faire souffrir l’entraîneur.

Que devriez-vous faire lorsque votre jeune est retranché? Que devriez-vous faire lorsqu’ils reviennent à la maison le cœur brisé? Si seulement une solution facile existait pour les aider immédiatement à aller mieux comme c’est le cas pour les autres bosses, égratignures ou coupures. On sort la crème antiseptique et on y place un « plaster », on essuie les larmes, donne un câlin et tout le monde va mieux. Malheureusement, ce type de coupure ne peut être facilement ou rapidement soigné. Comment en tant que parent, gérer cette douloureuse expérience peut l’aider à commencer à mettre le tout en perspective et l’aider à grandir.

Voici quelques éléments à faire et à éviter dans cette situation:

ÉCOUTEZ : Écoutez attentivement ce que votre enfant a à dire à propos de son expérience. Essayez de comprendre exactement ce qui s’est passé de leur point de vue. Pour y arriver, vous devez demeurer silencieux pendant qu’il partage les événements qui ont mené à la coupure. Recueillez autant d’information précise que possible de leur part.

N’ASSUMEZ RIEN : Rappelez-vous que votre enfant relate des faits de manière émotionnelle. Quand il vous dit que l’entraîneur lui a dit telle ou telle chose, il ne faut pas assumer que c’est automatiquement ce qui s’est vraiment passé. Il est possible qu’il ne soit pas le plus précis du monde. À un certain moment, vous devrez peut-être valider directement auprès de l’entraîneur pour comprendre sa perspective.

LAISSEZ VOTRE ENFANT VIVRE SES ÉMOTIONS : Une des choses les plus difficiles pour un parent est de voir son enfant souffrir. Le réflexe naturel dans cette situation est de foncer et essayer de faire en sorte que votre enfant se sente mieux immédiatement. Retenez-vous! Votre enfant est déçu pour une très bonne raison. Son cœur était concentré sur un seul but et il a échoué. Déception, découragement, tristesse, colère et d’autres sentiments viennent compléter le portrait. Ne vous précipitez pas pour sauver votre enfant de ces émotions. En fait, votre enfant a besoin de vivre ces sentiments pour le moins inconfortables pour passer à travers cette expérience.

SOYEZ EMPATHIQUE : Au lieu d’essayer de faire en sorte que votre enfant aille mieux immédiatement, faites-lui part que vous comprenez la situation difficile dans laquelle il se trouve. Dites-lui que vous pouvez voir leur bouleversement, déception, tristesse, colère, frustration, etc. Mettez-vous à sa place et ressentez ce qu’il ressent de son point de vue. L’empathie est l’élément principal qu’un enfant a besoin de ressentir de son parent quand il est vraiment blessé. L’empathie est ce qu’il a besoin quand il a à négocier avec des émotions fortes. Tout de suite après avoir été coupé, quand il a encore les nerfs à vif, vos suggestions ou avis ne pourront peut-être pas être utilisés adéquatement. Par contre, ce qu’ils auront besoin c’est de votre empathie. Souvent, être empathique veut dire que vous n’aurez peut-être pas à dire grand-chose. Vous pouvez laisser votre enfant comprendre de manière non-verbale que vous comprenez ce qu’il ressent simplement par la manière dont vous agissez avec lui ou elle, la manière dont vous le ou la regardez ou prenez dans vos bras.

NE LAISSEZ PAS VOS PROPRES ÉMOTIONS VOLER LA VEDETTE À VOTRE ENFANT : Gardez en tête que tout à propos du sport de votre enfant est pour lui et non pas pour vous. S’il est déçu ça lui appartient. Ce n’est pas votre déception. Il a été coupé, pas vous. Ne distrayez pas votre enfant de leur déception avec vos propres sentiments et questions. Ça va de soi mais ne vous fâchez pas après lui parce qu’il a été coupé. Ne le blâmez pas, ce n’est pas de sa faute.

GARDEZ VOS CRITIQUES DE LEURS EFFORTS POUR LORSQU’IL SERA UN ADULTE : La dernière chose qu’un athlète qui vit une déception veut entendre c’est bien des critiques de ses parents à propos de son manque d’entraînement, d’efforts, etc. Ce genre d’information, même si c’est exact ne sera d’aucune aide pour l’enfant-athlète. C’est vraiment une question de « timing » dont il est question ici. Ce qu’il a besoin c’est votre amour, votre support et de la sensibilité émotionnelle pas de vos suggestions à propos de tout ce qu’il n’a pas fait correctement. Il va de soi qu’à tout moment vous devez rester dans votre rôle de parent et ne pas confondre votre jeune entre ce que vous dites et ce que l’entraîneur dit.

NE DÉNIGREZ PAS L’ENTRAÎNEUR AVEC VOTRE ENFANT : La réaction naturelle quand un jeune est retranché d’une équipe est de répondre avec agressivité en blâmant l’entraîneur. Il est aveugle comme une taupe, il est biaisé depuis le départ, c’est une vendetta contre mon jeune, il est simplement stupide. Bien qu’il est peut-être possible que ces accusations puissent être vraies dans le cas de votre enfant, d’entrer dans ce type de discussion avec votre enfant ne l’aidera pas et lui enseignera les mauvaises leçons à propos de leur échec. Rappelez-vous que les entraîneurs sont humains, ils ont leurs forces et leurs faiblesses, ils ont tous des zones d’ombre, ils sont soit bénévoles ou travaillent pour des peanuts et il peut parfois arriver que certains puissent manquer de formation. Si vous avez de sérieux doutes sur la manière dont votre enfant a été évalué pendant les sélections, ne vous plaignez pas à votre enfant de tout ce qui ne va pas chez l’entraîneur. Allez plutôt discuter avec l’entraîneur en gardant vos émotions fortes à la maison.

 

ENCOURAGEZ VOTRE JEUNE À TOURNER CET ÉCHEC EN UNE EXPÉRIENCE D’APPRENTISSAGE POSITIVE : Hors de tout doute, l’échec ne fait simplement nous sentir mal mais ça fait skier (pour ne pas dire un autre mot). Vous voulez aider votre enfant à comprendre que ce genre d’émotions peuvent servir à bâtir les fondations de leurs futurs succès dans la vie dans le sport et en dehors. En ce sens, enseignez-lui à voir le retranchement sur un moyen de connaître leurs points un peu plus faible et sur quoi ils devront travailler fort pour améliorer leur chance de faire l’équipe l’an prochain. Si votre enfant a 12 ans ou plus, encouragez-le à aller voir l’entraîneur pour lui demander ce qu’il doit travailler pour devenir meilleur. Si votre enfant est plus jeune, accompagnez le pour rencontrer l’entraîneur et posez vous-même les questions. C’est le droit de l’athlète d’obtenir réponse à ses questions. C’est la moindre des choses pour l’entraîneur de donner des explications claires et précises sur les faiblesses qui doivent être améliorées. Le point critique à garder en tête lorsque vous ou votre jeune approche l’entraîneur après le retranchement est de le faire d’une manière non émotionnelle et dans un esprit qui n’est pas de confrontation. Votre attitude devrait plutôt être une attitude de demande d’aide à l’entraîneur. Maintenant, de nombreux entraîneurs ne seront pas en mesure ou ne voudront pas fournir ce genre de rétroaction. Certains entraîneurs pourraient même être sur la défensive quand on leur demande des informations sur une coupure croyant que l’athlète ou ses parents challengent leur autorité. La majorité des entraîneurs raisonnables et matures seront plus qu’heureux de prendre le temps de donner ces rétroactions.

AIDEZ VOTRE JEUNE À COMPRENDRE QUE D’ÊTRE RETRANCHÉ NE FONT PAS DE LUI UN ÉCHEC : Quand les jeunes (et même les adultes) échouent, il est toujours facile pour eux de tomber dans le panneau et sentir qu’ils sont un échec. Vous voulez aider votre enfant à comprendre que le fait d’échouer est une partie intégrale du processus d’apprentissage. Ce n’est pas un élément statique, ça ne définit pas qui vous êtes comme personne. Et ce n’est pas comme si c’était le seul camp de sélection de leur vie et que ce camp en particulier détermine le succès ou l’échec de votre jeune dans ce sport. Certainement, votre enfant peut se sentir comme tel après avoir été retranché, par contre, c’est votre travail de l’aider à voir autrement. L’échec est quelque chose qui nous arrive sur la route du succès. L’échec ne définit pas si nous sommes compétents ou non. L’échec est une rétroaction et vous ne pouvez apprendre, grandir ou devenir meilleur si vous n’avez pas assez de cette rétroaction dans votre vie.

ENCOURAGEZ VOTRE ENFANT À CONTINUER À POURCHASSER SON RÊVE : En ce sens, vous voulez enseigner à votre enfant que l’échec et la déception ne sont que des bosses sur la route. Lorsqu’il frappe une de ces bosses, qu’il perd pied et tombe, leur travail est de se relever et de continuer à bûcher encore plus fort. Encouragez votre enfant à travailler à travers ses déceptions et de ne pas laisser aller ses rêves mais plutôt travailler encore plus fort vers cet objectif. Votre timing avec cette information est crucial. Votre enfant n’entendra pas ce message immédiatement après avoir été coupé. Laissez-leur du temps pour ressentir la tristesse et le découragement. Écoutez-les, soyez empathique et ne repoussez pas leurs émotions. Peut-être que plus tard dans la soirée, le jour suivant ou même la semaine suivante ou l’autre d’après vous pourrez commencer à introduire l’idée d’un encouragement à continuer à pourchasser son rêve.

DEVENEZ UN MODÈLE PAR VOS RÉACTIONS FACE À L’ÉCHEC : Vous pouvez enseigner directement à votre enfant la bonne manière de répondre à l’échec à travers vos interactions avec eux autour de leur expérience d’être retranché. Les enfants apprennent les plus puissantes leçons non pas à partir de ce que vous dîtes mais comment vous le dîtes et comment vous réagissez. Conduisez-vous comme un adulte et offrez à votre enfant un puissant modèle de gestion des émotions face à l’échec. Lorsque ce sera approprié, partagez avec votre enfant quelques-uns de vos échecs et comment vous avez réagi pour vous en sortir. Laissez savoir à votre enfant qu’il n’est pas seul et qu’il s’agit d’une expérience commune dans la vie.

 

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